1. Manœuvre de confiscation du pouvoir
Avec la dissolution du gouvernement, de
la Commission Electorale Indépendante et le rejet du consensus qui présidait à la mise en place de ces deux institutions, l’accord politique de Ouagadougou vient d’être enterré par le président Gbagbo. Evidemment, ce dernier continue de clamer que ses dernières décisions sont conformes audit accord. Mais cela ne peut tromper aucune personne avertie. C’est peut-être le courage qui a fait défaut au chef de l’Etat pour dire clairement que le FPI a décidé de recouvrer la plénitude de son pouvoir mettant ainsi fin à tous les accords politiques. Le maintien et le renforcement de son alliance avec les ex-rebelles ne peut permettre de faire diversion sur la confiscation du pouvoir dont un acte décisif vient d’être posé à travers les dernières décisions.
L’article 48 de la constitution d’essence autocratique a servi d’instrument. Mais à y regarder de près, le président s’est appuyé uniquement sur sa volonté puisqu’aucune des conditions d’utilisation de cet article n’est réunie. En effet, l’article 48 stipule : « Lorsque les Institutions de
la République , l’indépendance de
la Nation , l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de
la République prend les mesures exceptionnelles exigées par ces circonstances après consultation obligatoire du Président de l’Assemblée nationale et celui du Conseil constitutionnel. Il en informe la nation par message. L’Assemblée nationale se réunit de plein droit.».
1. Et pourtant la guerre est finie !
Gbagbo a dit et redit que la guerre est finie, que les institutions de la république fonctionnent à merveille. Rien ne menace donc l’intégrité territoriale. Le camp présidentiel est d’ailleurs en alliance étroite avec les ex-rebelles qui étaient sensés constituer une menace pour son régime.
Mais le président veut se maintenir au pouvoir sans élection crédible. Pour cela, tous les moyens sont bons : viol de la constitution et de la souveraineté populaire, rejet des engagements pris. Pour ce même objectif, tout est également mis en œuvre pour délester une bonne partie des citoyens de leur nationalité à travers le mouvement qu’il a lancé contre les listes électorales provisoires. Sur la base de leurs patronymes des citoyens sont menacés de radiation et de perte de leur droit à la carte nationale d’identité. Curieux parti que le FPI, qui se dit de gauche mais qui détermine ses électeurs potentiels en fonction du patronyme et de la région d’origine des individus. C’est là l’exact profil d’un parti d’extrême droite de type fasciste.
2. La manœuvre vise aussi à dépouiller de nombreux citoyens de leur nationalité
Arrêtons-nous sur le déni de nationalité. Comme cela est de coutume depuis bientôt quinze ans, les années électorales, sont pour les partis politiques bourgeois des périodes de luttes farouches pour contrôler les règles et les listes électorales. Les élections actuellement en préparation n’échappent pas à cette règle. Que ces partis se battent entre eux comme des bandits en désaccord pour le partage du butin, c’est leur problème. Mais qu’ils se servent de leurs querelles électorales pour spolier de la nationalité des démembrements entiers de la population et introduire la guerre civile au sein du peuple, cela est criminel, intolérable et inacceptable.
En effet hier c’était le PDCI de Henri Konan Bédié, qui, pour contrôler le corps électoral décidait sous le fallacieux prétexte de l’existence de nombreuses fraudes sur la nationalité, de reprendre l’établissement des cartes nationales d’identité. Cette opération menée au nom de « l’ivoirité » et qui avait été précédée d’une vaste campagne contre les « usurpateurs » de la nationalité ivoirienne, avait abouti à priver de nombreux citoyens de leur nationalité. L’entreprise tourna court car, Bédié fut emporté par un coup d’Etat. Parvenu au pouvoir, le FPI emboucha la même trompète aux mêmes fins, et engagea une nouvelle opération d’identification. Cette opération est restée sans lendemain à cause de la crise armée du 19 septembre 2000, qui a abouti au partage du pouvoir entre les principales fractions bourgeoises. Ce partage a rendu plus âpre, la lutte entre partis bourgeois pour le contrôle du corps électoral. Se sachant minoritaire à l’issue de la toute dernière identification de la population, et ayant pu conserver la tête de l’exécutif lors des marchandages de Marcoussis, le camp présidentiel organise depuis peu à grande échelle, avec l’appui des magistrats aux ordres, des simulacres de procès pour spolier de leur nationalité de nombreux citoyens ayant satisfait à l’étape des croisements de vérification de la nationalité. Ainsi dans plusieurs localités, Lakota, Divo, Man, Katiola, Abidjan, Vavoua..., des centaines de citoyens ont été dépouillés de leur nationalité ou sont en passe de l’être. Face à cette imposture du camp présidentiel appuyé par certains juges, un peu partout les populations se lèvent et luttent pour leur droit de citoyen.
Face à la situation politique actuelle, le Parti communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire :
1. Considère que les dernières décisions prises par le président de la république relèvent d’un abus de pouvoir manifeste dont le but ultime est la confiscation du pouvoir ;
2. Considère que le droit à la nationalité est un droit imprescriptible pour tout citoyen d’un pays, qui ne doit pas être aliéné aux questions électorales ;
3. Fustige les pratiques des partis bourgeois ivoiriens qui consistent à prendre en otage le peuple pendant les périodes électorales et à vouloir régler leurs querelles sur son dos ;
4. Condamne les attitudes maffieuses actuelles des clans bourgeois notamment celles du clan présidentiel qui sacrifie la nationalité de milliers de citoyens sur l’autel de ses intérêts électoralistes ;
5. Soutient la lutte actuelle des populations contre cette injustice et cette imposture et, les appelle à redoubler d’ardeur pour défendre bec et ongle leur identité.
Ces derniers développements de l’actualité confirment une fois encore ce que nous n’avons eu de cesse d’affirmer, à savoir que le peuple ne sortira pas de la crise actuelle par des élections organisées par la bourgeoisie. La sortie de crise est conditionnée par le triomphe de la révolution. Cela nous avait conduits à déclarer dans une publication de fin novembre 2009 que fort heureusement le peuple n’est plus dupe puisque de plus en plus de personnes s’engagent dans la recherche de voies nouvelles pour sortir le pays de la crise. La voie nouvelle la mieux indiquée est, en effet, la constitution de comités par toutes les composantes du peuple : comités de travailleurs salariés des villes, comités des paysans, comités des artisans, comités des commerçants, comités des femmes, comités des jeunes. Les combats de tous ces comités permettront l’expression de la volonté populaire qui culminera dans un Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP). Seul ce GRP sera capable d’organiser des élections générales démocratiques qui ouvriront la voie à la résolution de la crise du pouvoir néocolonial en place. Il permettra la résolution de la question nationale afin qu’aucun ivoirien ne soit dépossédé de sa nationalité.
Non aux mesures antidémocratiques, non au blocage du processus électoral, non au déni de nationalité, non à l’imposture !
VIVE
LA LUTTE DES PEUPLES DE COTE D’IVOIRE CONTRE LEURS OPPRESSEURS POUR UN ETAT DEMOCRATIQUE.
Fait à Abidjan le, 14 février 2010
Le Secrétaire Général
A. Ekissi