Déclaration liminaire
Mesdames et messieurs les journalistes
Je vous adresse au nom du Comité Central du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRCI) mes sincères salutations et vous remercie d’avoir répondu à notre invitation.
Mesdames et messieurs,
Nous vous avons conviés à cette conférence de presse pour vous situer sur la position du PCRCI, relative aux décisions graves prises par le président Gbagbo Laurent le vendredi 12 février 2010, à savoir dissoudre le gouvernement et la CEI.
Depuis le jeudi 7 janvier 2010, le camp présidentiel réclame par la voix du président du Front Populaire Ivoirien (FPI), AFFI N’guessan et du Directeur de Campagne de Gbagbo Laurent, Malick Coulibaly, la démission de Mambé et son incarcération, la dissolution de la CEI et du gouvernement. Le camp présidentiel dit qu’il n’a plus confiance en Mambé suite à l’affaire des 429 000 croisés parallèles. Ce camp réclame une CEI et un gouvernement composés d’hommes et de femmes non mandatés par des partis politiques.
Avouons que c’est un exercice difficile à réaliser dans l’environnement politique actuel de la Côte d’Ivoire, où la plupart des dirigeants et membres de la société civile que l’on peut qualifier de neutres sont en fait des militants en mission pour des partis politiques.
L’affaire Mambé n’est en réalité que le prétexte pour tenter de confisquer le pouvoir, de s’emparer du processus électoral et d’organiser la fraude. Nous avons écrit dans une publication datée du 11 janvier 2010 et nous citons : « Depuis la décision prise par les puissances impérialistes de sortir de la crise actuelle par les élections, l’on constate que le candidat Gbagbo Laurent ne veut aller à ces élections qu’à la condition d’être sûr de les gagner. En effet il n’a de cesse de répéter qu’il ne donnera pas le pouvoir au premier venu, qu’il n’ira pas à l’élection en mouton de sacrifice. Ces phrases dans la bouche d’un candidat au pouvoir signifient tout simplement qu’il est prêt à tout faire pour conserver ce pouvoir. Il faut rappeler également que le clan présidentiel n’a jamais accepté l’existence d’une commission électorale indépendante composée des différents partis politiques pour l’organisation de la compétition électorale actuelle. Il n’a cessé de réclamer la démission du premier ministre Soro et du président de la CEI chaque fois qu’il a estimé que ces derniers ne ramaient pas dans son sens».
Nous répétons encore une fois que les dernières décisions prises ne sont en réalité que des tentatives pour confisquer le pouvoir politique.
Le président Gbagbo en prenant de telles décisions foule au pied l’accord politique de Ouagadougou. Car si cet accord ne reposait que sur la nomination de Soro Guillaume Secrétaire Général des Forces Nouvelles au poste de premier ministre, il ne serait pas fait référence dans l’APO, à tous les accords passés auparavant. L’APO repose sur le consensus entre les parties (partis politiques et mouvements rebelles) signataires des accords de Marcoussis, d’Accra et Pretoria. La CEI et le gouvernement sont le résultat de ce consensus.
En outre ces décisions violent la constitution en ce sens que les conditions d’application de l’article 48 ne sont pas réunies. En effet l’article 48 stipule : «Lorsque les institutions de la république, l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution des ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la république prend les mesures exceptionnelles exigées par ces circonstances après consultation obligatoire de Président de l’Assemblée Nationale et celui du Conseil Constitutionnel. Il en informe la nation par message. L’Assemblée Nationale se réunit de plein droit».
Si cette cabale contre la souveraineté populaire réussit, les conséquences prévisibles sont : l’instauration d’un Etat policier qui sera perpétuellement à la recherche de «déstabilisateurs» ; la remise en cause de tout le processus d’identification avec comme objectifs, délester d’honnêtes citoyens de leur nationalité à partir de dénonciation calomnieuses sans aucune preuve, sur une base tribale ; l’organisation d’’élections où Gbagbo Laurent est gagnant d’avance.
C’est pourquoi le parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire
Condamne ce coup de force antidémocratique et anticonstitutionnel
Appelle les peuples de Côte d’Ivoire :
- A dénoncer cette cabale, à s’organiser et à lutter fermement pour s’opposer à cette imposture jusqu’à ce que ces décisions soient rapportées. Les luttes de plus en plus organisées qui se développent dans différentes localités du pays sont salutaires afin que l’arbitraire et ses auteurs soient combattus avec fermeté. Ces luttes doivent continuer à se structurer car il est possible que le combat soit long. Les tenants des pratiques antipopulaires vont certainement s’accrocher au pouvoir.
- A se mobiliser contre le déni de nationalité d’honnêtes citoyens, à exiger l’affichage de la liste électorale définitive et la confection et la distribution des CNI. Cette mobilisation et ces luttes doivent également permettre que les ivoiriens non identifiés sur les listes électorales actuelles puissent se voire délivrer à temps opportun, chacun, sans exception, sa carte nationale d’identité.
- à lutter pour l’abrogation de la constitution antidémocratique en vigueur et l’adoption d’une nouvelle constitution. Cette nouvelle constitution ne devra plus conférer des pouvoirs exorbitants, un pouvoir absolu à un président de la république, comme par exemple l’article 48 confère aujourd’hui à Gbagbo Laurent.
- à préserver la mémoire et les acquis des victoires antérieures dans la lutte contre l’autocratie. Le peuple ne devra plus accepter que les actes rétrogrades des dirigeants actuels soient justifiés par ceux des dirigeants passés. En effet, une certaine propagande veut accréditer l’idée selon laquelle les derniers actes pris par Laurent Gbagbo sont acceptables parce que des actes similaires ont été pris par Bédié lorsqu’il était président. De telles insinuations sont réactionnaires et remettent en cause les acquis démocratiques du peuple. L’utilisation par les pouvoirs passés d’articles, ancêtres de l’abominable article 48, est autant condamnable et ne saurait justifier les décisions antidémocratiques actuelles de Laurent Gbagbo.
Les derniers développements de la situation politique nationale confirment ce que le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire ne cesse de répéter, à savoir que nous ne sortirons pas de la crise actuelle par des élections organisées par les clans bourgeois. En effet, si ces élections ont lieu, elles se termineront par l’affrontement entre les clans bourgeois et une nouvelle crise s’installera, parce que chaque clan veut gagner par tout moyen.
A y regarder de près, tous les clans bourgeois sont enclins à tricher. Alors, beaucoup d’ivoiriens s’interrogent sur l’issue de la crise. Ils ne croient pas que ces élections mettront fin à leur calvaire (salaires rongés par l’inflation, corruption généralisée, chômage endémique, misère généralisée, etc). Ce qui est encore plus effrayant c’est que les différents candidats ont tous à quelque chose près le même programme politique et économique, les mêmes méthodes de gouvernement, le même appétit dans la gabegie et les vols des deniers publics.
Les ivoiriens sont donc condamnés à rechercher d’autres voies, d’autres issues capables de garantir la souveraineté populaire, d’ouvrir le chemin d’une république démocratique et moderne où la médiocrité n’est pas célébrée, où le producteur de richesses reçoit le juste prix de son travail, où le citoyen dispose de cadres institutionnels pour participer à la vie politique et contrôle ses mandants.
La seule issue qui peut garantir le bien être des masses populaires, qui peut déboucher sur des élections démocratiques et souveraines, c’est la révolution, c’est le triomphe d’un pouvoir populaire qui repose sur des comités organisés des ouvriers, paysans, artisans, commerçants, jeunes, femmes. C’est un gouvernement révolutionnaire provisoire, résultat du combat des peuples, qui seul pourra organiser des élections crédibles sur la base d’une constitution démocratique.
Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire engage les peuples de Côte d’Ivoire dans cette voie.
Je vous remercie
Pour le Comité Central
Le Secrétaire Général
A. Ekissi