CEI LOCALES ET LE DENI DE NATIONALITE PAR LE POUVOIR FPI
La liste électorale provisoire dénommée liste blanche, comportant 5,3 millions d’inscrits, a été acceptée par toutes les parties dont l’avis a été requis. Le président Gbagbo et son parti, le FPI, y ont marqué leur accord. Gbagbo a même décoré M. Mambé Beugré, président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) au moment de la réalisation de ladite liste électorale. A partir de ces accords, la communauté internationale et le facilitateur de l’Accord Politique de Ouagadougou (A.P.O.) ont pu déclarer qu’ils considèrent cette liste comme un acquis non négociable.
Le peuple ivoirien pour sa part, considère cette liste comme un acquis, d’où la mobilisation en cours depuis début février contre les tentatives du FPI d’extraire des noms de cette liste électorale provisoire. Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (P.C.R.C.I.) soutient fermement cette liste qui constitue une solide base pour la prise en compte ultérieure des omis et des nouveaux majeurs. Il exige le maintien des CEI locales. Au demeurant, le PCRCI note :
nouveaux majeurs. Il exige le maintien des CEI locales. Au demeurant, le PCRCI note :
1) Le peuple s’est investi dans le processus électoral depuis 2005, début des audiences foraines ; il y a dépensé beaucoup d’énergie et de ressources ; il a enduré de longues attentes dans des files interminables ; il a payé des frais de déplacement, de photocopies, etc. Cela ne représente certainement rien pour ceux qui pillent les caisses de l’Etat, catégories de personnes dont font partie les partisans du président de la république. Il y a même eu de nombreuses pertes en vies humaines.
2) Le peuple ivoirien veut en finir avec la situation de misère qui lui est faite depuis longtemps, en particulier depuis les dix dernières années. Ceux qui ont créé cette situation ont promis d’organiser des élections comme solution pour en sortir. Il est donc inadmissible que ces élections soient sans cesse reportées ; la remise en cause de la liste actuelle de 5,3 millions de personnes signifie le report sine die des élections ; c’est un jeu de cache-cache qui n’a que trop duré ; le peuple est en droit de crier haut et fort que 6 ans à attendre une simple élection, çà suffit. Même ceux qui ne voulaient pas comprendre se rendent compte maintenant que les « enfants des élections » que les refondateurs prétendent être ont une peur bleue des élections. Si la survie politique du FPI passe par le refus des élections, le peuple ne peut cautionner pareille forfaiture.
3) Le peuple lutte pour faire de ces élections un moment d’expression de sa souveraineté ; il entend donc s’opposer à toutes les manœuvres dilatoires, à toute volonté de confiscation du processus par l’un ou l’autre des camps de la haute-bourgeoisie ivoirienne. Le peuple aspire à des élections démocratiques garantissant la mise en place d’un pouvoir capable de réaliser ses aspirations fondamentales à la liberté et au bien-être social.
4) Plus vite ces élections se tiendront, plus vite les forces militaires étrangères d’interposition quitteront notre territoire ; le peuple note que faute de se préoccuper d’aller aux élections, conditions pour le départ des forces étrangères, le FPI est pris en flagrant délit d’acceptation de la domination étrangère ; le discours de son candidat Gbagbo sur l’opposition entre « le candidat des ivoiriens » qu’il prétend être et « les candidats de l’étranger » apparaît creux et démagogique.
5) Un Etat qui se veut de droit ne peut nier ses propres lois. Il est inacceptable de se plier à la volonté du FPI qui refuse de faire droit à ceux qui bénéficient du droit du sol qui était en vigueur jusqu’en 1972. Le FPI refuse même de reconnaître la qualité d’ivoirien aux personnes nées au moins d’un parent ivoirien. Il est, en outre, ahurissant de constater que pour le FPI les porteurs de certains patronymes ne peuvent être ivoiriens.
6) Il est inacceptable d’institutionnaliser la délation en méthode de gouvernement ; dans un pays moderne il est inconcevable que des personnes soient déchues de leur qualité de citoyen sur simple dénonciation calomnieuse. C’est pour éviter ce type de situations que la procédure du contentieux de la liste électorale impute la charge de la preuve au dénonciateur ; le FPI se bat de façon honteuse pour inverser cette procédure et mettre l’obligation de la preuve à la charge de la victime. Les éminents juristes du FPI se taisent face à cette hérésie du point de vue du droit.
7) La campagne à connotation tribaliste du FPI a franchi un palier supplémentaire et est entrée dans une zone qui ne peut manquer d’inquiéter tous ceux qui ont de la mémoire. Les leaders du FPI utilisent des termes du genre : désinfecter ou décontaminer la liste électorale ; des termes similaires ont abondamment été utilisés par les génocidaires du Rwanda. Il y a donc un grand danger à l’horizon qu’il faut prendre au sérieux.
8) La difficulté d’archivage est un mal présent en Côte d’Ivoire ; et les dirigeants du pouvoir FPI le savent très bien. Si l’administration elle-même est incapable de tenir des archives, ce n’est pas le simple citoyen qui aura la possibilité d’archiver les papiers d’état civil afférents à tous ses parents et grands parents. En limitant tout son programme de gouvernement à la traque des personnes à l’effet de prouver leur nationalité à partir de papiers qu’ils ne peuvent pas avoir, que nombre de dignitaires du FPI ne peuvent produire eux-aussi, c’est prendre le risque de fabriquer des milliers, voire des millions d’apatrides. Ces derniers constitueront de toute façon la source de problèmes nationaux et sociaux qui suivront la Côte d’Ivoire aussi longtemps qu’ils n’auront pas été correctement résolus.
Alors, que faire dans la situation actuelle où sont face à face, le mouvement populaire porteur d’une éthique nouvelle pour la Côte d’Ivoire et une politique étatique réactionnaire conduite par le pouvoir FPI, pour que triomphent les idées nouvelles, les idées justes pour aboutir à la mise en place d’une politique nouvelle au service du peuple de Côte d’Ivoire ?
L’éthique nouvelle c’est celle recherchée aujourd’hui par la majorité des ivoiriens. Elle signifie les rapports nouveaux en gestation au sein du peuple que les luttes en cours visent à consolider. Ces rapports nouveaux sont révolutionnaires en ce sens qu’ils seront érigés en loi par le mouvement de lutte qui va balayer l’ancien ordre des choses défendu bec et ongle par le FPI. A y regarder de près, la politique du FPI consiste à jouer sur les peurs injustifiées de l’étranger qu’ont certaines personnes. Cela aboutit au rejet d’ivoiriens de certaines régions par d’autres ivoiriens. Le FPI joue donc à détruire la Côte d’Ivoire, en dépit de déclamations contraires qu’il peut émettre.
Pourquoi faire une fixation sur cette question d’identité, alors qu’il suffit d’observer avec un minimum de lucidité les choses pour comprendre ? L’écrasante majorité des étrangers vivant en Côte d’Ivoire n’est pas intéressée par la nationalité ivoirienne. Cette majorité d’étrangers est tout autant fière de sa nationalité que le sont les ivoiriens de la leur. S’il se trouve une minorité qui cherche à tricher sur la nationalité, c’est sûrement pour des raisons (économiques et sociales, notamment) autres que celles visant à porter Pierre ou Paul à la présidence de la république en Côte d’Ivoire. Le fond du problème que le FPI veut embrouiller et qui l’amène à déclarer non ivoiriens des citoyens de certaines régions, à moins qu’il ne s’agisse de militants du FPI, c’est celui de savoir, si les personnes nées en Côte d’Ivoire à qui le régime du droit du sol ou celui du droit du sang profite, sont ivoiriennes ou non ? Le FPI répond, en dépit du simple bon sens, que ces personnes n’ont pas d’office droit à la nationalité ivoirienne. Laurent Gbagbo a ainsi poussé le ridicule jusqu’à signer, en 2007, un décret de naturalisation au profit d’une de ces personnes. La célébrité du bénéficiaire de cette « magnanimité » du président allait être mise à profit pour apporter caution à cet acte anticonstitutionnel et illégal. Mais, curieusement, et pour signifier que la loi, c’est Laurent Gbagbo, le « nouveau naturalisé » est candidat à la présidence de la république. Pourtant, selon la loi électorale, le naturalisé ne peut prétendre à une telle candidature avant l’expiration d’un délai de 10 ans. Dans la Côte d’Ivoire du FPI, une seule chose est sacrée : c’est la nécessité du maintien de Gbagbo au pouvoir. Pour préserver cet intérêt, la constitution, les lois, les principes éthiques, même la simple morale, peuvent être bafoués comme c’est le cas depuis 10 ans.
Le président du conseil constitutionnel a opportunément rappelé lors de la prestation de serment des membres de la CEI reconstituée, ce qui suit : « Il n’y a pas dans un pays une immunité absolue. Cela n’existe nulle part. Le peuple souverain, lorsque le président de la république lui-même se met au travers de la constitution (et de la légitimité, pourrait-on ajouter), le peuple a alors le droit à l’insurrection pour rétablir la légalité et la démocratie ». Toute chose que le peuple ivoirien savait déjà grâce aux conseils des organisations de la démocratie révolutionnaire. Le PCRCI soutient les luttes menées par le peuple contre les radiations injustifiées sur la liste électorale provisoire, contre le déni de nationalité. Le PCRCI appelle le peuple à ériger partout des comités de luttes pour mettre fin aux atteintes contre la liste électorale, les droits nationaux des citoyens et la remise en cause des CEI locales.
Fait à Abidjan le 14 mars 2010
Pour Le Comité Central
Le Secrétaire Général
EKISSI Achy